Comment vivre 100 ans

Péninsule de Nicoya, Costa Rica

Maria Trinidad Espinoza Melina, 102 ans

Copal de Quebrada Honda, péninsule de Nicoya, Costa Rica

J’ai encore toute ma tête et ma mémoire est excellente. Des visiteurs des quatre coins du monde sont venus discuter avec moi au sujet de la longévité et j’espère qu’il en viendra encore car j’adore rencontrer des étrangers! Je suis reconnaissante d’avoir une si bonne santé et j’aimerais vivre encore plusieurs années. Je ne veux pas mourir, j’aime la vie.

Avant, les choses étaient meilleures. Il n’y avait pas de produits chimiques dans la nourriture et les gens étaient en meilleure santé. Nous gagnions peu, mais nous avions toujours assez pour vivre, d’autant plus que nous nous entraidions continuellement.
Aujourd’hui, notre pauvreté est extrême. Le coût de la vie est très élevé alors que notre pension de retraite est ridicule. Ma fille ne peut plus travailler à l’extérieur et gagner sa vie car elle doit s’occuper de moi à temps complet. Ce qui fait que nous sommes deux à vivre de ma petite pension, qui suffit à peine à payer l’électricité. 

Nous manquons toujours d’argent pour tout: les médicaments, les factures de téléphone, la nourriture, ou pour acheter des lunettes, des souliers ou des tissus avec lesquels ma fille confectionne nos vêtements. J’aimerais demander au gouvernement d’aider davantage les aînés au Costa Rica car le manque de ressources est une grande source de stress et de désespoir.

Je conseille aux jeunes femmes de bien se comporter, d’être bien soignées, de ne pas marcher dans la rue le soir, de ne pas prendre de drogue et d’alcool et de choisir un amoureux bienveillant. Comme les hommes ne sont pas tous bons, il ne faut pas se précipiter pour se marier; il est préférable d’attendre quelques années afin de s’assurer d’avoir un compagnon respectueux.

 

Jose Bonifacio Villegas Fonseca, 101 ans

Pochote de Nicoya, péninsule de Nicoya, Costa Rica

À neuf ans, j’ai quitté l’école car il fallait travailler. J'ai été cowboy toute ma vie et les chevaux ont toujours été une grande passion. Je suis très attaché à mon cheval Corazon, mon compagnon depuis plus de vingt ans déjà.
Je suis loin d’avoir eu une vie exemplaire; j’ai eu tous les vices imaginables : l’alcool, la danse, les femmes, la fête, le tabac. J’ai dû arrêter de boire et de fumer lorsque j’avais la soixantaine car j’ai eu des problèmes de santé.

Presque tout est difficile lorsque l’on vieillit. Il faut lutter sans cesse. Ça me contrarie beaucoup de ne plus avoir d’énergie, de perdre la mémoire, d’arriver à peine à marcher. Avant, j’allais régulièrement rendre visite aux malades des environs, mais ma santé ne me le permet plus. Par chance, le Seigneur m’accompagne.

Depuis la découverte des Zones bleues, les choses ont changé par ici et l’on valorise davantage les vieux. J’ai accueilli des dizaines de journalistes, d’étudiants et de docteurs, et plusieurs fêtes ont été organisées en hommage aux centenaires de la péninsule de Nicoya. Les visiteurs étrangers nous aident un peu financièrement, ce qui est précieux, car avec la pension de l’État nous n’avons pas suffisamment de revenus pour manger. J’exagère à peine en disant qu’il faut choisir entre le sucre ou le café mais qu'on ne peut acheter les deux.

 

Ana Reinery Fonseca Gutiérrez, 104 ans

Nicoya, péninsule de Nicoya, Costa Rica

J’étais en excellente santé jusqu’à ce que je prenne récemment un traitement d’antibiotiques; depuis, je ne peux plus marcher et je n’ai plus d’appétit. Ce médicament n’est rien d’autre que du venin, si vous voulez mon avis. Mon but désormais, est de marcher à nouveau. 
Malgré tout, je suis toujours de très bonne humeur et j’aime recevoir des visiteurs. Je suis particulièrement coquette et je collectionne les chapeaux de fantaisie.

Le secret pour vivre longtemps est de prendre soin de soi, d’avoir un mode de vie sain, d’être satisfait, tranquille et d’avoir un mariage heureux. Il ne faut pas se marier sur un coup de tête mais il faut prendre le temps de choisir judicieusement son partenaire.

 

Digna Villegas Cortés, 97 ans

Quebrada Honda, péninsule de Nicoya, Costa Rica

Je ne suis pas fatiguée et je ne m’ennuie jamais. Dieu m’a donné un esprit fort.
Je conseille aux jeunes d’être toujours honnête, de ne pas boire ni fumer et, surtout, de ne pas être orgueilleux. L’orgueil est à l’origine de beaucoup de souffrances; il vaut mieux traverser la vie avec humilité.

 

Francisca Paula Obando Angulo, 99 ans

Los Jocotes, péninsule de Nicoya, Costa Rica

Voici mes conseils pour vivre 100 ans : il faut se nourrir d’aliments simples et entiers, bien mastiquer, bien dormir, se soigner avec des plantes et des produits naturels, éviter les conflits et ne jamais parler en mal des autres. Je conseille aussi aux jeunes de poursuivre leurs études. Mon plus grand regret est de ne pas avoir eu d’éducation. Si j’avais pu, je serais devenue infirmière ou violoniste.

Toute ma vie, la pratique de la danse traditionnelle costaricaine a été une grande source de bonheur. Quand j’ai arrêté de danser, je me suis débarrassée de toutes mes robes sauf d’une. C’est avec cette belle robe blanche que je souhaite être enterrée.

 

Dominga Ema Albares Rosales, 104 ans

Santa Cruz, péninsule de Nicoya, Costa Rica

Lorsque j’étais enfant, il n’y avait pas d’école dans mon village alors je n’ai jamais appris à lire ou à écrire. Il m’a fallu faire avec. Comme mon père était violent, j’ai quitté la maison quand j’étais encore jeune.
J’ai eu onze enfants et j'ai été fermière toute ma vie. Le travail était éreintant, mais la vie était moins stressante qu’en ville.

Nous mangions beaucoup de nourriture sauvage ce qui, selon moi, est encore meilleur pour la santé que la nourriture de ferme. C’est probablement le secret de ma longévité.
Maintenant que j’habite en ville avec ma fille, je déprime beaucoup. Mes poules me manquent.

 

Cristóbal Muñoz Villalobos, 101 ans

Nicoya, péninsule de Nicoya, Costa Rica

Quand j’avais deux ans, toute ma famille est morte dans un accident. Mes parents et mes frères et sœurs se sont tous noyés dans la rivière. Ma vie a été douloureuse. Essentiellement, je n’ai fait que travailler. Trop. Dans tous les domaines et jusqu’à plus de 90 ans. Je n’ai pas connu le bonheur, ou alors, je ne l’ai pas compris.
La prière est mon seul réconfort. La parole de Dieu est grande et elle me guide.

 

Feria Azul Nicoya

Le 8 décembre 2018, plus de trente centenaires étaient réunis dans la ville de Nicoya lors de la Feria Azul Nicoya.
1re rangée : Juan Gutiérrez Rosales, 100 ans, Nicoya, Celina Hildalgo Arias, 108 ans, de Santa Cruz et Francisca Rodriguez Sequeira, 103 ans, de Nandayure.
2e rangée : Maximina García Canales, 101 ans, de Carrillo, Carmen Chavarria, 100 ans, de Carrillo et Andrés López Molina, 105 ans, de Santa Cruz.


Arianne Clément
Photographie d'Aînés